Hantavirus: "Préserver les écosystèmes coûte moins cher qu'arrêter l'économie mondiale!"

Et si on prenait soin de notre biodiversité ? On aime un peu croire qu'une pandémie, est une sorte de catastrophe qui est tombée du ciel. Un virus mystérieux qui surgit tout d'un coup dans un monde tranquille. D'ailleurs, on rigole un peu jaune avec les rats à longue queue, avec les pangolins... Mais en fait, ça n'est pas du tout ça. La réalité, c'est que nous créons une partie des conditions de ces pandémies. Parce que le plus grand risque de pandémie, c'est-à-dire d'une maladie qui touche les humains sur toute la planète, vient d'une zoonose.
Une zoonose, c'est une maladie qui passe de l'animal à l'humain. Si on part depuis le début du XXe siècle, il y a eu la grippe de 1918, qu'on appelait la grippe espagnole, qui a tué une personne sur 100 en France, et que des jeunes, entre 20 et 40 ans, avec une circulation massivement liée à la guerre. Mais ensuite, il y a eu le VIH, le sida, Ebola, le SARS, et évidemment, le Covid.
Et à chaque fois, c'est la même histoire. Des écosystèmes bouleversés, des forêts détruites, des zones humides asséchées et, du coup, des contacts accrus entre humains et animaux, plus des circulations mondialisées.
En fait, les pandémies racontent notre manière d'habiter le monde. Concrètement, le rapport entre une forêt détruite et un virus est très direct. On a le sentiment que c'est très éloigné, mais pas du tout. Quand on détruit une forêt, les animaux sauvages ne disparaissent pas. Ils se déplacent. Les chauves-souris, grands réservoirs à virus, les rongeurs, les primates, se rapprochent des villages, des élevages, donc des animaux domestiques, des cultures, et les virus voyagent avec eux.
Les scientifiques ont très bien documenté ce phénomène dans plusieurs émergences virales récentes. Il y avait des virus qui circulaient discrètement dans la faune sauvage, et tout d'un coup, ils trouvent des opportunités pour franchir la barrière des espèces.
Le problème ne vient pas que des animaux sauvages ? La deuxième couche, c'est les élevages industriels. Là, vous avez des milliers d'animaux qui sont génétiquement très proches, qui sont très concentrés, et qui sont une sorte de réservoir à mutations virales. On appelle ça scientifiquement des "fabriques à variants".
Et ce n'est pas un hasard si les experts surveillent de manière obsessionnelle les grippes aviaires, ce sont les plus dangereuses, en fait, avec les abattages massifs. que l'on connaît. Mais il faut le dire, les scientifiques sont quand même, quand on lit la littérature scientifique, paniqués à l'idée d'une pandémie où, à côté le Covid serait une plaisanterie. C'est-à-dire un virus très contagieux et très mortel.
Il faut parler d'un concept qui a un nom anglais: "One Health" ("une seule santé" en Français). Un concept très simple au fond: ça voudrait dire que la santé humaine, la santé animale et la santé des écosystèmes, de l'environnement, sont indissociables. On ne peut pas penser la médecine d'un côté, et l'agriculture et l'environnement à part. Ça, ça ne marche pas, parce qu'en réalité, tout communique.
Une forêt détruite, ça peut devenir un problème hospitalier quelques années plus tard. Et de la même manière, l'usage massif d'antibiotiques dans des élevages, ça peut produire des bactéries résistantes qui arrivent ensuite dans nos services de réanimation et qui peuvent décimer l'espèce humaine. Et pourtant, ce qui est dingue, c'est que nos politiques publiques restent organisées de manière séparée.
On pense parfois que la biodiversité, c'est un sujet décoratif, alors qu'en fait, c'est aussi un sujet de santé publique. On entend parler souvent de "backlash écolo", que les écolos fatiguent.
Mais c'était vrai ce que disaient les scientifiques sur le réchauffement climatique. C'est vrai aussi sur les conséquences de la perte de biodiversité. On dit souvent que l'homme n'a pas de prédateur. En fait, on peut avoir un prédateur très, très dangereux qui s'appelle un moustique avec un virus létal pour l'être humain.
Il faut agir maintenant, parce que le risque augmente. Et donc, c'est très simple, en fait: préserver les écosystèmes, c'est moins cher qu'arrêter l'économie mondiale. Surveiller les virus dans les élevages, c'est moins cher qu'un confinement généralisé, et c'est plus vivable. Donc, investir dans les systèmes de santé, c'est moins cher que gérer une catastrophe sanitaire mondiale.
Donc, "One Health", c'est une façon différente de penser aussi l'écologie, d'y penser comme une politique de sécurité collective. La biodiversité, ce n'est pas un luxe, ce n'est pas un sujet marginal, c'est une garantie sanitaire, parce que la question, ce ne sera pas comment réagir à la prochaine pandémie, mais comment arrêter de fabriquer les conditions de la suivante. C'est ça le sujet.
Et honnêtement, dites-vous bien que ceux qui défendent les zones humides, ils défendent finalement des libellules qui vont manger des moustiques, et que tout ça, ça nous permet de rester en bonne santé et d'éviter de se retrouver de nouveau confinés.
RMC



